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Le mariage précoce à Nioro : Adieu le voile du silence 

 Le mariage précoce à Nioro : Adieu le voile du silence 

Au Mali, le code des Personnes et de la Famille (du 02 décembre 2011) dans son chapitre I consacré aux conditions du mariage et la section I faisant référence à l’âge requis du mariage stipule que l’âge minimum pour contracter le mariage est fixé à 18 ans pour l’homme et 16 ans pour la femme. Cette disposition va en contraction avec les conventions internationales ratifiées par le Mali notamment le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’homme et des Peuples relatif aux Droits des Femmes de 2003, n’est pas toujours respectée. Dans les mairies comme dans les Mosquées, les mariages sont souvent célébrés avant cet âge en ce qui concerne les jeunes filles. Déjà à 18 ans, des voies ont commencé à se lever pour arrêter cette situation. Mais face à des exigences traditionnelles prégnantes, elles restèrent aphones et les braves dames qui de façon téméraire ont osé souvent dénoncé le mariage précoce furent taxées de tous les sortilèges et même désignées à la vindicte public comme des pourfendeurs de la prostitution. Mais comme un déluge social, le mariage précoce par ses effets pervers ne pouvaient plus laisser indifférentes des populations qui au jour le jour vécurent des cas de fistules obstétricales et des centaines de décès.

Face un tel drame et comme par coup de baguette magique s’est installée une écoute de ceux qui apportent la « bonne parole » et une réminiscence en terme de compassion pour ces incompris qui luttèrent au prix d’une « excommunication » est visible..

Le présent travail vise à montrer les efforts consentis dans la lutte contre le mariage précoce. Il s’appuie sur une investigation de terrain mené par l’équipe des chercheurs dans le cadre du projet : « « Lutter contre les mariages précoces par l’autonomisation des filles en Afrique de l’Ouest » Des entretiens et témoignages soutenus par des preuves vécues lors de visite de terrain ont permis de consolider les positions défendues qui militent pour la lutte contre le mariage précoce

I  Hommages aux femmes, aux mains nues

Elles furent des milliers à se battre pour renverser cette tendance qui consistaient à s’enfermer dans une pratique considérée comme ancestrale. Par cette trame, une femme se marie pour des enfants. Plus elle se marie tôt, plus elle peut faire beaucoup d’enfants en bonne santé. Dans une telle vision, le mariage est noué dans la perspective de la perpétuation de l’espèce afin par exemple d’avoir des bras valides pour les travaux champêtres. Seulement que dans la région de Kayes et à travers des ethnies : Peuls, Soninkés, Kassonkés, des évènements drastiques eurent lieu. Tous les mois, les décès dans des accouchements étaient constatés. Mais tout s’expliquait par la faute d’un destin cruel. L’être humain entendait-on définit sa manière de retourner à l’Eternel. Mais entre cette conception populaire et la réalité que constitue l’accouchement qui est toujours un combat âpre entre la femme et la mort, combat qu’elle remporte souvent avec la naissance de son enfant et son maintien, il y a un grand décalage. C’est pourquoi des pionnières se sont servies des visions concrètes et scientifiques pour soulever des débats sur la question. Dans cette tentative d’éclairer les populations avec souvent les meilleures astuces (intervention des pairs auprès des plus âgés, implication des médecins, plaidoyers auprès des leaders communautaires), elles ont été incomprises. Qualifiées de prostituées voulant propager leur métier, victimes d’insultes inqualifiables, meurtries par un océan de stigmatisations négatives, elles ont payé de leur vie, de leur existence le prix de la survie de leurs consœurs : « Même mes parents m’ont abandonnés dans ce combat d’éveil noble et tout mon entourage me fuyaient pour ne pas être critiqué à leur tour par ces prêcheurs, qui de l’âge de mes enfants se donnaient du plaisir à m’insulter à la radio » Voilà un bien témoignage peu flatteur qui caractérise le choc que peut subir une personne qui en 2012 tout prêt,  parle des effets néfastes du mariage précoce.

Il faut rendre grâce à ces femmes qui continuent à se battre et d’autres qui ne sont  plus de ce monde pour avoir déblayé ce terrain, pour avoir osé non pas brandir les interdits mais chercher à restaurer la dignité de la femme dans un contexte où l’inculture fait rage.

II Les actions d’envergure actuelles

Le projet WILDAF avec sa mise en œuvre a aujourd’hui boosté les efforts timides qui ont été menés sur le terrain. La rencontre des populations qui était utilisée par d’autres groupements et ONG, mais surtout la formation des jeunes leaders et la communication par la radio furent les armes redoutables pour amener les populations à entendre davantage d’autres voix que celles des « défenseurs de la tradition ».

Lors des émissions organisées sous l’instigation des jeunes leaders engagés aux côtés du WILDAF, le mariage précoce subit de façon verbale les critiques les plus acerbes. Dans des propos virulents mais moins choquants, les jeunes ont su à chaque fois qu’ils prennent la parole montrer en quoi, le mariage précoce est une pratique néfaste. En fait, plus une fille se marie tôt, plus, est élevé le risque de subir des conséquences comme les fausses couches, les déchirures au moment de l’accouchement. Cette thèse médicale convainc plus d’un. En plus  les souffrances fœtales, la rétention placentaire, les  hémorragies, les avortements spontanés, les enfants avec un faible poids à la naissance ont été dégagés comme des conséquences de l’accouchement des filles qui ne sont pas préparés donc qui n’ont pas l’âge. Des preuves irréfutables ont été constatées chez des femmes en situation de grossesse, d’accouchement ou post-partum se répertorient dans des groupes ethniques spécifiques à savoir les peulhs, les diawanbés et les Soninkés.

 A ces différentes preuves, l’abandon scolaire qui est récurrent à cause des mariages précoces est cité. Les jeunes pour concrétiser leur action, se sont même constitués en comité de veille pour dénoncer désormais les cas de mariage précoce.

Une telle situation a permis à la mairie de Nioro de refuser de célébrer le mariage d’un riche commerçant avec une fille de 15 ans malgré le consentement de la belle famille. La falsification de l’acte de naissance a été démasquée et le jour du mariage, le maire refusa purement et simplement. Voulant célébrer le mariage à la Mosquée, le commerçant qui avait défié les autorités a été buté à la résistance des imams grâce aux actions menées par un prêcheur. Celui-ci contrairement à beaucoup de leaders religieux musulmans s’est lancé à corps et âme dans cette lutte. Dans ses prêches, il invite toujours les populations à voir les dangers et à ne pas surtout aller frotter leurs yeux contre une aiguille qui est visible.

Une association des jeunes enseignants pour la scolarisation des filles s’est engagée dans la lutte contre le mariage précoce. Elle dénonce mais surtout sensibilise les parents des filles.

La gendarmerie de concert avec des ONG a travaillé récemment pour dissuader un chef de famille qui malgré le refus de sa fille voulait l’obliger à se marier en menaçant de la renvoyer de la concession familiale.

Ainsi devrions nous constater qu’il y a un cadre favorable au moins pour apporter la contradiction aux défenseurs du mariage précoce qui appelés aux débats se portent toujours absents.

Pour soutenir davantage cette nouvelle donne qui se dresse non pas contre le mariage mais contre le mariage précoce, il est important que les autorités et les ONG s’investissent dans :

  • La multiplication et le soutien des comités de veille
  • Le plaidoyer pour la diffusion du code la Famille et de la Personne,
  • La sensibilisation à travers des émissions hebdomadaires,
  • La formation des jeunes,
  • L’intégration du mariage précoce dans les curricula
  • La constitution d’un forum des autorités religieuse et coutumière pour la lutte contre le mariage précoce.

Conclusion

Une nouvelle option vient de s’ouvrir dans le cadre de la lutte contre le mariage précoce. Cette prise de parole qui témoigne des mécanismes et des contours de dicibilité autour de la question du mariage précoce doit être soutenue. Du reste, elle a abouti à des actions de rejet. Il faut désormais un engagement réel des acteurs, des ONG et surtout des autorités pour débusquer cette pratique obsolète qui dépersonnalise la fille et confisque son avenir. Le terrain est réellement propice et il faut s’engager jusqu’arriver à ZERO mariage précoce. Ce n’est plus un rêve, il faut s’y engager maintenant car comme le dit un chef de village, la vérité n’est plus ce qu’on faisait mais ce qui nous sauve.

Docteurs Idrissa Soïba TRAORE et Brema Ely DICKO

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